Dans cette série d’articles, nous analysons les tendances, décryptons les évolutions du secteur et partageons notre expertise pour mieux comprendre les défis et les opportunités qui façonnent l’avenir de l’assurance santé et prévoyance. Troisième volet de la série, la PSC est un véritable bouleversement pour le marché, elle redessine les rapports de force entre acteurs et ouvre de nouvelles opportunités comme de nouveaux défis.
CONTEXTE ET ENJEUX DE LA PSC : UNE TRANSFORMATION MAJEURE
La Protection Sociale Complémentaire (PSC) vise à garantir aux agents publics une couverture complémentaire en santé et prévoyance grâce à la mise en place de contrats collectifs. Alors que ces garanties étaient jusqu’alors souscrites individuellement par une majorité d’agents, la réforme impose une généralisation des contrats collectifs par les ministères, collectivités et structures hospitalières. Un changement structurel qui impacte profondément le marché et qui suit la loi de sécurisation de l’emploi du 14 juin 2013, aussi appelée loi ANI (Accord National Interprofessionnel) obligeant les employeurs du privé à proposer une complémentaire santé au travail.
Des enjeux cruciaux pour les acteurs
La transition vers des contrats collectifs oblige les mutuelles dédiées historiquement à l’assurance affinitaire des fonctionnaires à repenser leurs modèles économiques et organisationnels. Ce bouleversement va nécessairement attiser la concurrence tant sur les prix que par l’innovation et la qualité des engagements de services proposés.
Un marché colossal à reconfigurer
Avec environ 5,6 millions d’agents publics (dont les agents de la fonction publique d’État, territoriale et hospitalière), le spectre est immense. La PSC représente à la fois une opportunité pour les assureurs, mutuelles et institutions de prévoyance avec la perspective d’une extension des portefeuilles à l’ensemble des agents. Elle représente également une menace ou un risque de fragilisation pour les acteurs historiques qui peuvent se retrouver exclus de leur marché d’origine. La mise en concurrence par appels d’offres massifs redistribue les cartes, encourageant la formation de coalitions et une logique de concentration des acteurs.
On remarque en effet des acteurs historiquement concurrents s’unir pour répondre à leurs marchés naturels. Pour répondre à l’appel d’offre du ministère de l’Économie et des finances, la MGEFI (groupe Matmut) et la MCF (Mutuelle Centrale des Finances) font par exemple alliance. On note également la consolidation de partenariats préexistants tels que celui entre la MGEN et la CNP pour l’éducation nationale ou Intériale et Axa pour la Justice.
PANORAMA A DATE DE LA PSC

Un panorama des premières redistributions
Depuis l’entrée en vigueur progressive de la réforme, les premiers appels d’offres (AO) ont permis de révéler de nouvelles dynamiques. Des acteurs comme Alan, pourtant récents dans le secteur, ont su décrocher des contrats face à des mutuelles historiques, comme en témoignent les marchés remportés de la Transition Ecologique, des services du Premier ministre et des personnels de l’Assemblée nationale (en tout 70 000 bénéficiaires potentiels) remportés par le néo-assureur.
Cette avancée reflète une compétition centrée sur deux axes principaux :
- Les prix : Les AO favorisent souvent les propositions les plus compétitives économiquement, mettant en difficulté les acteurs traditionnels aux structures de coûts plus lourdes dotés d’implantations territoriales fortes.
- Les services de gestion associés au contrat d’assurance : Les outils d’affiliation “massive” et de gestion des garanties collectives sont désormais des critères stratégiques pour les collectivités et les ministères. En effet, les mutuelles historiques sont en compétition sur ces AO avec des spécialistes de l’assurance collective, habitués à s’engager sur des niveaux de service aux standards élevés, des reportings quantitatifs et qualitatifs, la mise à disposition d’espaces assurés digitaux dotés d’outils selfcare disponibles en 24/7, de même que des services de prévention.
MACRO-ANALYSE DE 2 APPELS D’OFFRES REMPORTES
Le ministère de la Transition Ecologique choisit Alan : une surprise pour le marché
Avec ses 60 000 agents (140 000 si l’on prend en compte les ayants droits et retraités), c’est le premier gros contrat public remporté par le néo-assureur qui s’était positionné jusque-là sur les TPE/PME. Face à lui, les candidats historiques MGEN, GMF ou l’alliance CNP Assurance/La Mutuelle Générale n’ont pas réussi à tirer leur épingle du jeu.
Dans ce cas, la dimension prix ne comptait que 18% de la note, le néo-assureur a réussi à prendre les devants grâce à une proposition de services complémentaires et une qualité de services forte.
Le contrat a commencé à s’exécuter à partir du 1er janvier 2025.
Le ministère de la Culture choisit la MGEN pour sa couverture santé : le choix de la continuité
Avec ses 25 000 agents, le ministère de la culture a pris le parti de choisir la MGEN (Groupe VYV) face à CNP Assurances et le groupement Intériale/AXA.
Le marché attribué à la MGEN a pour objet la mise en place d’un contrat collectif obligatoire de complémentaire santé pour l’ensemble des bénéficiaires du ministère et représentera un montant minimal d’une vingtaine de millions d’euros par an.
L’accord prend effet au 1er juin 2025. |
LES PROCHAINES ETAPES DE LA PSC

FOCUS : la fonction publique d’État (FPE)
Le méga appel d’offres du ministère de l’Éducation nationale (+3 millions de personnes) s’annonçait comme un tournant stratégique majeur pour le marché de la PSC. Ce contrat de grande envergure, particulièrement crucial, est remporté par le consortium MGEN – CNP Assurances sur la partie santé, acteurs historiques de la protection sociale complémentaire dans ce secteur. Avec ses 4,3 milliards d’euros sur 6 ans, la mutuelle historique des enseignants conforte sa position sur le marché.
D’autres appels d’offres restent encore ouverts, notamment sur la prévoyance.
FOCUS : la fonction publique territoriale (FPT)
Dans le domaine de la FPT, les appels d’offres se concentrent sur des enjeux spécifiques liés à la gestion des absences et des arrêts de travail. Les collectivités territoriales recherchent des solutions sur mesure, adaptées aux particularités locales et à la diversité de leurs agents.
Pour les acteurs du marché, il s’agit de démontrer leur capacité à proposer des garanties adaptées aux tailles et besoins des différentes collectivités ainsi que des outils performants permettant de suivre et d’optimiser la gestion des absences. Cette complexité impose aux prestataires de combiner des solutions standards tout en tenant compte des exigences spécifiques à chaque territoire.
Les stratégies des grands acteurs en présence seront à suivre, l’enjeu de ce marché est de réussir à proposer des solutions les plus personnalisées possibles aux différentes collectivités sans alourdir sa gestion commerciale.
FOCUS : la fonction publique hospitalière (FPH)
Pour l’instant, les contours des appels d’offres liés à la FPH restent encore flous, mais leur définition est attendue prochainement. Ce secteur présente des enjeux propres, notamment en lien avec les conditions de travail exigeantes des personnels hospitaliers et les besoins accrus en matière de prévoyance.
Les acteurs devront se positionner en apportant des réponses concrètes à ces besoins, tout en restant compétitifs face à une concurrence de plus en plus aiguisée.
LES DEFIS DES ACTEURS DE L’ASSURANCE COMPLEMENTAIRE (AMC)
Les acteurs de l’assurance complémentaire doivent faire face à plusieurs défis majeurs pour rester compétitifs et pertinents dans un environnement en constante évolution. Parmi ces défis, deux dimensions clés se démarquent : la question du prix et l’adaptation des outils.
- Le prix : proposer une offre concurrentielle en maintenant les équilibres techniques
Les AMC doivent arbitrer entre compétitivité tarifaire et viabilité économique. Dans un marché où la concurrence est féroce et où la pression des régulateurs pousse à plus de garanties, de banalisation des offres, de transparence et de lisibilité, elles doivent proposer des contrats attractifs tout en préservant leurs marges.
> Réduction des coûts internes : Optimisation des coûts de gestion, automatisation des processus, mutualisation voire externalisation de certains services.
> Optimisation des partenariats : Négociation avec les réseaux de soins pour proposer des tarifs préférentiels et une véritable gestion du risque sans rogner sur la qualité.
L’enjeu est donc de proposer des prix bas tout en garantissant un modèle économiquement pérenne, un équilibre particulièrement délicat. Une meilleure mutualisation des risques et une moindre antisélection sont attendues du passage de contrat individuel en contrat collectif obligatoire.
- L’excellence opérationnelle : continuer d’investir dans ses process tout en maîtrisant ses coûts
Les AMC poursuivent leur transformation numérique et continuent la modernisation de leurs outils et services. La mise en œuvre des contrats collectifs issus de la réforme de la PSC est un des défis majeurs des prochaines années.
> Respect des délais contraints
La réglementation et l’évolution du marché imposent des mises en conformité récurrentes et rapides. Cela nécessite :
- Des systèmes d’information flexibles, capables d’intégrer rapidement des évolutions législatives (ex : réforme du 100 % santé, transferts de charges).
- Une digitalisation accrue pour accélérer le traitement des demandes, la gestion des sinistres et permettre un accès 24/7 des services aux assurés.
- Une automatisation des processus d’adhésion et de gestion des contrats en permettant une expérience de souscription la plus automatisée possible afin de limiter les coûts opérationnels.
> Des outils attractifs pour séduire les décisionnaires
Pour capter l’intérêt des assurés et des entreprises, les AMC doivent proposer des solutions engageantes :
- Expérience utilisateur optimisée : Plateformes ergonomiques, applications mobiles intuitives, chatbots interactifs.
- Personnalisation des services : Offres modulables, outils de suivi et de reporting en temps réel des remboursements, accompagnement en prévention et bien-être.
- Marketing digital et communication : Présence renforcée sur les réseaux sociaux, campagnes interactives, gamification des services pour fidéliser les assurés.
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La réforme PSC est amenée à accélérer les grandes transformations du segment de l’assurance de personne. En effet, les AMC qui sauront allier compétitivité, excellence opérationnelle et innovation technologique auront toutes les chances de tirer leur épingle du jeu dans ce marché en pleine mutation.
Julien Vianey-Liaud